_<< Putain, t'es pas doué, allé donne ! >> Les feuilles se froissent, passent de main en main. Les rôles sont très précis : l'un tient les feuilles, l'autre casse la " clope " et récupère le tabac, le suivant se crame les doigts plus que la boulette, le plus important fait le gué, chaque bruissement les faisant trembler.

Ciel bleu, faible vent du sud, température agréable : paré au décollage.

Un mur humain des plus discret, on approche le briquet, le papillon flambe, le bout enflammé tombe à terre et la première fumée s'élève dans le ciel. A la première " taff " on rentre le train d'atterrissage. Rouge, braise, incandescent, le brasier s'excitant à chaque souffle, dégageant une fumée si légère, si douce. Enivrante.

Un crépitement !, deux !!, trois !!!, quatre !!!!, etc. A chaque boulettes sa fumée de rêve, emportant l'esprit de plus en plus loin dans un voyage de chimère. Il tourne, il tourne, de mains en mains, de bouches en bouches. La fumé les exalte, et peu à peu l'univers disparaît, emporté par cette fumée. Ici s'envolent les soucis, les parents, les amis. Il ne reste rien d'autre que leurs rêvent, des chimères. Ainsi ils continuent jusqu'à l'oubli, pour mieux fuir.

Stop ! reste plus que le carton.

Mais qui sont donc ces mauvais Goéland, plus patauds que de nature, qui n'arrivent toujours pas, courant et sautant, à déployé leurs envergures. Se bousculant, tombant et riant, ils s'amusent de leurs infortunes. Et c'est ainsi que les défis fusent.

_<< Pas chiche, t'y arriveras pas.>> L'esprit embrumé, les muscles lâches, les mains moites : les doigts serrent le guidon. Vrombissement du moteur, pétarade, accélère !, la poignée bloquée autant que le compteur. Il fonce, insouciant.

Le ciel est bleu, la route est droite. il s'élance, vite, plus vite, toujours plus vite. Il va y arriver.

Tout à coup le prédateur. Vif, rapide. La gueule d'acier, la peau dure. Il hurle son rugissement. Ses yeux lance des éclairs, il va l'attraper mais il peut encore lui échapper. Il étend ses bras et commence à battre l'air alors que le monstre crie sa colère : _<< iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ... !!! >>

le choc !.

Il le sent lui prendre les pattes, il se débat, s'échappe, décolle, vole !.

Il a chaud, il a froid. Il ne sent plus que l'air, vif et neutre, l'envol de l'esprit à travers l'immensité du temps.

_<< Je vole ? >>

_ Tu meurs !

Ainsi définitivement s'envolent les soucis, les parents, les cours, les profs et les amis. Plus jamais à s'occuper de satisfaire les exigences, de plaire ou de rendre fier. Plus besoin aussi de sortir et de rire. De draguer et d'aimer. D'offrir et de partager. De posséder et dépenser. Puisque à jamais, il s'est débarrassé de ce qui en faisait l'intérêt, le besoin et la richesse, la force et l'utilité. A savoir:

Les soucis, les parents, les cours, les profs et les amis.

Ainsi se terminent les fuites...

Roig Jérome.

Première publication le 3 février 1999 - © Roig Jérome

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